vendredi 19 février 2016

Mardi soir



Mardi soir

* tw transphobie à la toute fin 

Hier soir, je suis allée au théatre. J’y vais tous les mardi soir. Ça commence à 18h15 mais j’y arrive toujours en retard.
Je connais 2 manières de m’y rendre. La première, je prends le bus près de chez moi et je descends à place du cirque. Ensuite, je prends le tram et et je m’arrête à Duchesse Anne et je vais jusqu’au théatre dans l’avenue du maréchal joffre. On reconnait la porte parce qu’il y a un œil sur fond noir dessus.
l’autre méthode, c’est de descendre jusque au tram en bas de la colline pour descendre à duchesse Anne aussi. C’est un trajet plus embetant. Il faut bien passer 15 minutes à descendre et puis remonter jusqu’à la ligne de tram mais c’est le trajet que je prends le plus souvent parce que je rate souvent le bus.
Ça me fait arriver à 18h30 , au mieux. Des fois, c’est 40. C’est embêtant parce qu’on travaille sur une pièce en ce moment. J’ai un peu honte.

Cette fois ci, j’avais regardé l’horaire du bus. On est en période jaune alors c’était 17h36. Ma mère m’avait envoyé un sms vers 14h, pour savoir si je voulais qu’on se voit. Je savais pas. Ça faisait plusieurs semaines que je limitais les contacts avec eux.

Finalement, c’est elle qui m’a appelée. Je pensais pas que j’oserais lui dire mais j’ai dit est ce que si tu te trompe sur mon prénom et sur mes accord tu va râler ? Est-ce que tu va te corriger ?
Elle m’as dit c’est ça qui t’inquiète ? Elle a dit qu’elle ferait un effort.

Je suis sortie. Je suis arrivée à 17h39 à l’arrêt de bus. C’est bête. Si on avait été en période rose, je l’aurais eu. Le prochain est à 17h44. J’aime pas attendre.
Il fait froid. J’aime pas attendre.
Je marche jusqu’à l’arrêt suivant. Ça m’occupe.
Je pense que l’horaire doit être 17h45 pour cet arrêt. Le décalage est toujours d’une minute, d’un arrêt  à l’autre. Quand ils sont proches. Quand ils sont loins, je sais pas.

J’arrive à l’arrêt. Je vois une femme. Elle a pensé à mettre des gants et un manteau. J’étais pressée, j’ai pas cherché mes gants dans mon appart. Et j’aime pas trop mon manteau. Les poches sont trouées et toutes mes affaires passent dans la doublure. En plus les épaules sont larges et ça accentue l’impression de ressembler à un homme. J’ai un pull mais ça va. Il fait beau.

J’aime bien le manteau de la dame. Je me demande si il m’irait. Elle a des lunettes. Je ne sais pas si elle met un rouge à lèvres. Si elle en met, il est plus discret que le mien. Je regarde ses yeux. J’arrive pas à savoir si ils sont maquillés. Probablement ils le sont. En tout cas, c’est discret.

Elle a un visage impassible. Je me demande comment elle me voit. Probablement comme un homme. A la boulangerie, on m’appelle monsieur. Je pense pas qu’elle soit différente.
Je veux savoir l’heure qu’il est. Je pourrais vérifier sur mon android mais j’ai pas envie. Je lui demande. Je suis surprise par sa voix. Je m’attendais à ce qu’elle soit plus dure. En fait elle est douce.
J’ai pas entendu la fin de sa phrase. J’ai pas envie de redemander. Je m’éloigne un peu pour regarder mon portable et je me tourne pour qu’elle voie pas que je l’avais. Il est 17h42. J’aime pas attendre et il fait froid mais si je vais à l’arrêt suivant, le bus va me dépasser et je l’aurais raté, alors j’attends.
Quand il arrive, je tends ma carte. Je me demande  si le chauffeur a eu le temps de voir que j’ai 3 couches de photos d’identité par-dessus la photo de la carte. J’aime pas la photo qu’il y a sur la carte. J’ai l’air horrible dessus. On dirait que je sors de prison. C’est pas loin de la vérité. Je sors d’HP, en fait.
Je m’assoie dans le bus. Je me mets près du bouton de demande d’arrêt pour pouvoir appuyer facilement.
Sur le chemin, je vois des lieux. Je me demande si je pourrais les dessiner. Peut être que si je les dessine, je pourrais faire une histoire avec.

Le bus arrive à place du crique. Je me mets devant la porte. Je vois ma mère de l’autre côté de la vitre. Elle m’a vue aussi. Je descends. Je lui fait la bise.
On discute sur le chemin. Finalement on fait tout le chemin jusqu’au théatre à pied. On parle mais je ne la regarde pas. Je regarde devant. Elle était inquiète visiblement. Je lui dit que j’avais besoin de faire une pause. Elle fait des efforts sur mon nom. Quand on arrive près du théatre, je dis que le fait de constamment être mégenrée, qu’on utilise mon morinom (mon nom de naissance), ça me fait mal. Elle me dit que c’est difficile, que je ne comprends pas. Je dis que si, mais que je ne suis pas d’accord, que ça justifie pas. Que c’est vital qu’on m’appelle par mon nom et qu’on me genre au féminin. Que si Papa me morinomme et me mégenre et râle quand je le corrige au lieu de se corriger, j’ai pas envie de le voir, que c’est trop douloureux. Elle me dit qu’elle lui en parlera.

ON arrive devant l’œil sur fond noir. J’ai envie de changer de sujets avant qu’on se sépare. Je lui parle de Babylon 5, une série que je viens de découvrir.

Camille, du théatre, nous interrompt parce qu’elle franchit la porte du théatre.

Je finis la conversation avec ma mère. On se quitte. Elle me dit que elle et mon père seront chez mon grand père ce week end.

Je rentre dans le théatre. Olivier, le prof a fait venir une partie du décor. C’est chouette, on a enfin un décor. Il se frotte les mains. C’est quelqu’un d’angoissé. Il manque 3 personnes .

Comme il manque 3 personne. Je peux pas jouer ma scène. Je réorganise mon texte. Il me manque une feuille. C’est embêtant, j’ai du texte sur cette scène. Je joue une encyclopédie. C’est un personnage assez arrogant. C’est un peu frustrant parce que le personnage a une voix de connard arrogant mais en même temps, je dois entrainer ma voix pour qu’elle aie l’air plus féminine. Mais j’aime bien le personnage.

Je peux pas jouer ma scène, mais je suis quand même censée être présente dans la scène avec le vieux bibliothécaire et l’assistante et aussi la scène avec les épurateurs qui vienne épurer les livres. Comme Olivier passe beaucoup de temps a faire rejouer les passages pour obtenir le ton juste et que c’est pas ma scène. Je passe beaucoup de temps à attendre debout. Il fait froid et je suis fatiguée. Je bouge dans tous les sens.

A la fin, il y a la chanson des ombres. La seule des 3 personnes nécessaires pour la scène, c’est Aurélie. Elle a 24 ans. Elle a la trisomie 21. Elle est gentille. Je l’aime bien.

du coup, 2 personnes sont appelées pour remplacer les 2 absentes. J’en remplace une. Dans le texte, il y a 5 ombres, donc les 3 personnes se partagent les répliques. Comme c’est pas ma scène, je me trompe à un moment. Je comprends de suite que je me suis trompée parce qu’Aurélie s’interromps de suite. Je sais qu’elle apprend son texte par cœur, petit bout par petit bout. Sinon, elle retient pas.

Il est 20h10. Le 2e groupe va arriver. La prof est un peu embêtée parce qu’elle doit déplacer le décor qu’Olivier a fait venir. Je l’aime bien. Elle est souriante.

Olivier nous avait dit qu’on ferait un repas avec le groupe du Jeudi. Ça me fait un peu peur parce qu’on serait 14 personnes. Ça fait beaucoup. J’ai peur de pas bien tenir. J’ai déjà prévu d’aller me mettre en bout de table pour éviter d’être trop fatiguée par les interactions sociales.

C’était prévu pour ce soir mais en fait, Olivier ne sait pas quand ça aura lieu. Il propose qu’on prenne un pot ce soir. Je veux bien venir. Aurélie dit que sa mère va venir la chercher. Je lui demande si ça va parce que la semaine dernière, elle n’avait pas son ticket de bus et je l’ai raccompagné. Sa mère était en colère parce qu’elle lui avait mal indiqué ou elle était  et pas répondu sur son portable. Elle me dit qu’elle se sent pas très bien, là. Je m’excuse et la laisse tranquille.

On va dans un bar. Je commande un jus de tomates. J’aime bien le jus de tomates.
Camille prends le céleri pour en mettre un peu sur sa main et le sentir. Ça fait rire.

Je dessine un arbre dans mon carnet à dessin, mais je suis pas contente. Ça ressemble à rien.
je siffle mon jus de tomate trop rapidement. J’ai envie d’en prendre un autre mais je sais pas combien ça coute et j’ai peur de dépenser trop.
Je mange des petits gâteaux salés en attendant de décider.

Mathieu me demande quel type de BD je préfère, je sais pas quoi répondre. La question est plus dure qu’elle en a l’air, certains aspects n’appartiennent pas juste à un style. Et tout compte dans une BD. La narration, le trait de dessin… les dialogues.. c’est une question compliquée..

La mère d’Aurélie entre dans le bar, elle me dit Bonjour et m’appelle par mon morinom. Je corrige en redisant mon morinom.
Non, non, désolée.  Je comprends pas pourquoi elle dit désolée, elle l’a visiblement fait exprès.

Je souffle, j’ai compris que c’était pas la peine d’insister.

Elle ajoute faut que tu change de comportement avec ma fille, j’en dis pas plus ici, mais voilà.

Moi,  j’aimerais qu’elle en dise plus parce que je crois avoir compris de quoi il s’agissait mais si elle ne dit pas ce que c’est, c’est facile de s’imaginer autre chose.

La semaine dernière, quand j’ai raccompagnée Aurélie, on a un peu parlé. Je me suis rendue compte qu’elle avait pas réellement percuté que si j’avais demandé à me faire appeler autrement, c’est que je suis trans, que je fais une transition.

Je suis en début de traitement hormonal et je commence à peine à avoir les seins qui poussent. Je suis contente alors je lui ai montré vite fait mon début de sein dans la pénombre. Je pense que c’est ça à quoi sa mère fait référence.

Je comprends difficilement en quoi c’est un problème de comportement. Ça me parait presque anodin. J’ai l’impression qu’il y a sexualisation d’un truc qui ne l’est pas.

Dans tous les cas, je ne comprends pas en quoi ça mériterait un morinomage. J’ai clairement l’impression que sa mère vient de faire une agression transphobe sur ma personne.

J’ai plus envie de rester. Je dis bon je vais y aller, je dis pas au revoir à qui que ce soit et je prends mes affaires.

Je vais au comptoir pour régler ma consommation.
C’est 2, 80. Je donne un billet de 10. La dame me rend 20, les billets ont été rangés à la mauvaise place, du coup, elle m’a pas rendu le bon billet. On discute vaguement quelques minutes.
Entretemps, Aurélie s’est approchée. Elle a pas l’air bien, elle essaie de me parler. Je me vois mal interrompre une discussion en cours, je compte lui répondre  après avoir réglée la patronne mais c’est trop tard, elle est déjà retournée dans la salle avec les autres.
J’ai peur qu’elle pense que je lui fais la tête mais j’ai pas le courage de revenir dans la salle et je pars du Bar pour rentrer chez moi. Mi sous le choc, mi en colère. Je ne veux plus jamais adresser la parole à la mère d’Aurélie.



*les noms ont été changés

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire